Sciences et Covid-19 : le bon côté

 Sciences et Covid-19 : le bon côté

Incertitudes sur les connaissances scientifiques, doutes sur les vaccins, mises en causes souvent violente de la parole des chercheurs et médecins… on pourrait dresser un portrait catastrophique de la science au temps de la Covid-19. Rien ne serait plus erroné après un an de pandémie, et plus de 2,1 millions de morts, dont plus de 70 000 en France.

Rapide, précise, utile… voilà en réalité ce qu’ont été les apports de la science à l’Humanité confrontée à la menace d’un virus déjà existant dans une population d’animaux sauvages et qu’une toute petite mutation séparait d’une capacité à s’attaquer aux êtres humains.

Rapide ? C’est en novembre 2019 que des médecins chinois, dans la région de Wuhan (province de Hubeï), sont confrontés à une pneumopathie déclenchant une détresse respiratoire aigüe, maladie inconnue, nouvelle, très rarement mortelle. Or, dès le 9 janvier, l’OMS et les autorités sanitaires chinoises – malgré le retard à l’allumage dû à l’omerta initiale du pouvoir politique local – annoncent que la cause de cette maladie est identifiée avec précision. Il s’agit d’un coronavirus, baptisé ensuite Sars-cov-2. Provenant d’une souche commune chez une population de chauve-souris. Il demeure des questions non résolues sur le chemin pris au cours duquel le Sars-cov-2 a acquis la mutation qui lui permet de pénétrer les cellules humaine, mais cette inconnue ne change pas grand chose à ce qu’il faut faire pour s’en protéger.

Génomes

Précision ? Les scientifiques chinois ont isolé le virus le 7 janvier. Le 11 janvier, ils sont déjà en mesure de fournir à leurs collègues du monde entier le séquençage complet de son génome. Un outil précieux pour comprendre son mode d’action, rechercher des médicaments et des vaccins. Une autre séquence permet de saisir l’extraordinaire rapidité aujourd’hui à la disposition des scientifiques, grâce aux progrès des technologies utilisées pour séquencer le génome d’un virus. A Paris, le 24 janvier 2020, les équipes de l’Institut Pasteur reçoivent des échantillons biologiques recueillis sur trois malades suspects d’être atteints de la Covid-19. Le mercredi 29, l’Institut peut à son tour publier le séquençage complet du coronavirus.

Utile ? Cette information précise est diffusée sans délai à toutes les équipes scientifiques, dans le monde, qui commencent à travailler sur les modes d’action du virus et donc sur les possibilités de le contrer, tant par un traitement que par un  vaccin. La nature – du virus – va se révéler tout à la fois perverse et sympathique. Perverse, car aucun traitement antiviral efficace n’a (pour l’instant) été trouvé. Des dizaines de molécules ont été testées (in vitro, sur des animaux). Des anciennes, déjà utilisées pour d’autres maladies, comme l’Hydroxychloroquine par exemple. Très peu létal (moins de 1% des personnes infectées), le virus défie la clinique : il faut réaliser de très nombreuses comparaisons contre placebo, en double aveugle, pour éliminer les biais expérimentaux, pour déterminer si un traitement est efficace ou pas. Le consensus scientifique sera long – aux yeux des populations et des gouvernements – à trancher la question. Et déterminer qu’aucune des molécules proposées n’est efficace. Mais cette durée n’est «longue» qu’au regard de l’impatience. En réalité, les médecins ont été très rapides.

Cryo-microscopes

Les entreprises et groupes publics qui se sont attelés au défi vaccinal ont, eux, été favorisés par la nature. Alors que plus de 25 ans de recherches demeurent incapables de trouver un vaccin contre le virus du SIDA, la Covid-19 semble, au vu des premiers résultats, très vulnérable à la vaccination. Une chance, certes, mais boostée par deux informations cruciales : le séquençage du virus, mais aussi sa morphologie décryptée à l’atome près – sa «biologie structurale» – élucidée à l’aide de cryo-microscopes dont l’invention a été salué par le prix Nobel de chimie en 2017 (une avancée majeure à laquelle les équipes françaises, sous-financées, n’ont pas pu participer, une situation lamentable, aggravée par le mensonge de la ministre Frédérique Vidal à ce sujet). Et l’occasion de l’invention des premiers vaccins à ARN, là aussi un résultat précieux de recherches scientifiques fondamentales et de progrès en biotechnologies.

Le contraste est fort entre cette véritable histoire – la biologie et la médecine élucidant en quelques mois, à l’aide de savoirs et technologies existants et d’une mobilisation intense, la cause d’une maladie émergente et trouvant une solution efficace à l’aide de technologies récemment mises au point – et le sentiment populaire peu favorable à la science qui s’exprime.

L’origine de ce contraste ? Une information peu conforme à la réalité ? Un tsunami d’âneries et de mensonges sur les réseaux sociaux ? Un effet délétère de la parole de quelques scientifiques (Didier Raoult, Christian Peronne et quelques autres) dont les contrevérités (lire ici l’affaire du canula hydroxychloroquine) et les prophéties toujours démenties par les faits n’ont pas altéré la popularité ? Les dérives, ici et là, du système scientifique avec des publications imprudentes, voire frauduleuses – un tout petit pourcentage des plus de 100 000 articles publiés sur le Sars-Cov-2 et la Covid-19 ? Tout cela à la fois, certainement. Mais un contraste qui souligne l’un des défis majeurs du 21ème siècle : comment aider citoyens, gouvernements, et toutes les sociétés à utiliser au mieux les savoirs croissants accumulés par les scientifiques pour prendre les bonnes décisions face aux menaces de toutes natures ?

Lydolph BAUZIL